Les Fées ont des Boots

Dazed and Confused in Lugnasad

Commentaire sur le Quatrième Verset de la Prophétie de la Voyante

 


« Lugnasad est l’antithèse de l’Imbolc : c’est la fête de la Satiété, comme l’Imbolc est la fête de la Pureté. L’une célèbre le Plaisir de l’accession au Tout, l’autre le Plaisir du retour au Rien. Et, au fond, c’est une seule et même chose : en français, le Vieux Goði a caché cet Arcane dans le fait que le mot ‘pure’ est la Permutation du mot ‘repu’. » – G. Stjarna Dagansonn
« Fairies Wear Boots. » – Ozzy Osbourne
Je m’alcoolisais, le soir du 1er août, en compagnie du célèbre Fix. Nous avions passé le début de la nuit à broyer du homard dans un restaurant mode, puis migré sous les chapiteaux corinthiens et ioniques d’un palace décadent, où, installés au bar, absolument désert, nous nous enivrions de cocktails anciens : Double D, Moscow Mule et Baltimore Eggnogg.

Abrutis par l’action combinée de l’alcool et du sucre, nous eûmes un sursaut assez désagréable quand une voix féminine s’éleva près de nous : « Messieurs, disait-elle, vous pardonnerez, j’espère, mon indiscrétion, mais j’ai, sans le vouloir, entendu votre dialogue, et cru comprendre que l’un d’entre vous était Sir Shumule himself... L’illustre Sir Shumule !… Shumule le reluisant !… Shumule, le roi des blogueurs !… »

J’étais dos à l’intruse. Fix, qui lui faisait face, me souffla dans l’oreille : « Regarde ! C’est Kylie Minogue ! » – Je tournai vivement la tête et me retrouvai nez à nez avec une authentique fée multicolore, – de module Clochette, – qui voletait au-dessus du comptoir en répandant de la poussière d’étoile !!! o.O (Bien sûr, Fix était un peu paf, mais, effectivement, en lumière tamisée, la créature magique avait un faux air de Kylie Minogue, et portait des boots, conformément aux visions d’Ozzy Osbourne.)

Elle me déclara sans ambages être ma plus grande fan, ma « groupie haletante » (sic), tout avoir lu de moi, etc. mais me reprocha de n’avoir jamais clairement répondu à nombre de « questions essentielles » (sic) posées par les Smart Ass Commentators de feu mon Blood-Splattered Blog – « Des questions, précisa t-elle, comme : « Est-il permis à une femme d’avoir des relations sexuelles avec un morse ? », ou : « La lune est-elle une banane, et, dans ce cas, où se trouve l’épluchure ? », ou encore : « La lune est-elle un camembert plâtreux ? »… »

Après s’être interrompue pour siffler le barman (!), et lui commander trois Adios Motherfucker (« mon cocktail favori, gloussa t-elle, égrillarde : très joli visuel, mais blackout assuré ! »), la fée, subitement grave, me regarda dans les yeux, et martela d’une voix lente : « La question fondamentale pour moi, Sir Shumule, – la question à laquelle je vous somme de répondre sur-le-champ – ici même – vous fut posée le dimanche 22 juillet 2012, par un certain « Supérieur Inconnu », sous le texte intitulé De l’Origine : Commentaire sur le Deuxième Verset de la Völuspá

« Cette question, que vous connaissez bien – cette question que vous avez tout fait pour occulter – car elle vous dérange… – cette question, Sir, est la suivante :

« Helluvah Holy Guru, la vie est-elle un légume imparfaitement cuit ? »

« Allez, mon cher… Nous vous écoutons… »

La Porrophagie dans le Fumoir


« Eh bien, Amie, commençais-je (renversé dans les coussins profonds d’un cosy petit fumoir où nous nous étions repliés), voilà ce que, dans notre jargon godique, nous appelons une question « diva » : hyper bonne, mais difficile… Une question qui, du reste, en entraîne bien d’autres : le Karma est-il une cuisinière vegan au talent discutable ?…  Pourquoi les temps de cuisson ne sont-ils pas démocratiquement votés par des représentants du personnel hôteliers ?Qu’est-ce, au bout du compte, qu’un légume, sinon ce que nous passons notre enfance à tenter de ne pas manger ?… Tout cela va loin… Interrogeons notre Aïeule…

« Le premier légume que mentionne l’Edda est un poireau, ce qui manque cruellement d’élégance. Il est écrit :

< Áðr Burs synir biöðum um ypþo, þeir er miðgarð mœran scópo; sól scein sunnan á salar steina, þá var grund gróin grœnom lauki. >
 < Avant de créer l’Enceinte du milieu, les fils de Borr se bâtirent un palais. Le soleil de midi étincelait sur les murs de la grande salle et la terre se couvrait d’herbe verdoyante > (Vo, 4).

Or, la fin de la vísa, < þá var grund gróin grœnom lauki >, traduite ici par : < la terre se couvrait d’herbe verdoyante  >, signifie littéralement : < du sol, ont poussé de verts poireaux >…

« Eh oui ! Contrairement à la superstition commune, l’hépatique (hepaticophyta) n’est pas la première plante qui ait paru à la surface de la planète : c’est le poireau (allium porrum) qui l’est – on peut raisonnablement en déduire que les Ases de l’époque se nourrissaient exclusivement de quiches, et que la jet-set ne se bousculait pas aux soirées macrobio du Valhalla (si merveilleusement plein-sud que fût orienté celui-ci)…

« Il y a là, je trouve, quelque chose d’humiliant pour les fleurs… le règne végétal commence par le poireau !!! :( … La prochaine fois qu’un lys tigré crâne en votre présence, rappelez-lui ses origines !… je veux dire : ces temps étaient rudes, Amie !… Ils ont laissé, dans la conscience collective de notre peuple, un traumatisme aigu, une blessure si vive que, pour nous, le poireau est désormais indissociable de l’idée de verrue faciale, de Mérite agricole, et de pub gallois…

« Donc, si la vie est un légume, la vie est essentiellement un poireau… Azur, pour certains, Monstrueux pour d’autres… ou bien Furor, Gros Long, Malabare, Géant Précoce… mais enfin : un poireau. Et si la vie est un poireau, la vie est un légume « imparfaitement cuit », puisque il est difficile d’imaginer un poireau « bien » cuit… :/ »

- Sir Shumule, vous êtes un snob ! interrompit la fée. Assyriens, Égyptiens, Chinois consommaient du poireau longtemps avant notre ère, et l’on affirme que, durant l’Exode, les Hébreux regrettèrent trois choses : les concombres, les melons, et les poireaux…

« Lorsque le Pharaon Khéops voulut honorer un médecin qui l’avait soulagé d’une infection urinaire, il lui accorda mille poires, cent cruches de bière, un bœuf, et cent bottes de poireaux.

« Le poireau était, en effet, particulièrement florissant en Égypte et de nombreuses fresques funéraires en représentent une botte à côté d’un bouquet d’oignons, parmi les produits que le rituel prescrivait d’offrir aux divinités du Sommeil et des Ténèbres. Il était l’objet des soins assidus de maraîchers, qui se levaient à l’aube pour aller l’arroser.

« Aristote affirme que le cri strident de la perdrix lui vient de son goût pour le poireau, dont la consommation régulière éclaircit la voix. L’empereur Néron aimait tant la soupe de poireaux qu’il fut surnommé « le Porrophage »… Mais poursuivez… »

- La vie est-elle un légume ? revins-je, impavide, à mes moutons… Une seule chose est sûre : l’état de poireau, l’état de « légume imparfaitement cuit » constitue l’ambition ultime de la plupart des humains… Ainsi qu’un Goði l’écrivait récemment : « Ne débranchez pas vos parents qui sont dans le coma : ils ont atteint votre idéal de bonheur terrestre. »

« Y avez-vous songé ?… Les personnes que l’on appelle communément « légumes », – celles qui se trouvent à l’hôpital en « état végétatif chronique », i.e. passée la mort encéphalique, – n’ont pas à se lever le lundi matin… elles ne travaillent pas… elles sont nourries, logées, blanchies à ne rien faire… elles ont du personnel qui les gave, les bichonne, et fait leur toilette, sans qu’elles aient seulement à lever le petit doigt... elles sont toujours en vacances… n’ont aucune décision à prendre… ni aucune douleur, jamais !… elles sont, en permanence, plus défoncées que ne pourront jamais vous défoncer les plus défonçantes de toutes les drogues !…

« N’est-ce pas l’existence d’un Maharadja ?… Que dis-je ? mieux que l’existence d’un Maharadja, qui a des responsabilités, lui !… Qu’en pensez-vous ?… Coma dépassé, zéro responsabilités !… et vous voudriez mettre un terme brutal à tant de bonheur ?!…

« Au nom de quoi ?… Que reprochez-vous exactement à l’état végétatif ?… Il empêche de prendre les transports en commun ?… De cotiser à la Sécurité sociale ?… De regarder la télé ?… De consommer des burgers ?… D’aller chez le dentiste ?… De payer ses impôts, en rêvant du billet de loterie gagnant qui permettrait de ne plus rien faire – c’est-à-dire d’avoir précisément la vie d’une personne en état végétatif ?…

« Ah, bien sûr… un comateux ne peut pas recevoir l’Initiation, ni faire Huð, ni étudier l’Edda, ni procréer… Mais l’épargnant médiocre qui, officiellement, n’est pas dans le coma, ne fait, de toute manière, aucune de ces choses… alors, quelle importance ?… »

Übermensch Vibration 

 

« Si vous le voulez bien, Amie fée, reprenons la vísa, ligne à ligne, dans l’ordre du norrois, avec une traduction aussi proche du texte que possible :

Áðr Burs synir biöðum um ypþo
D’abord les fils de Borr ont rehaussé les terres

þeir er miðgarð mœran scópo
créé Midgard magnifiquement formée

sól scein sunnan á salar steina
le soleil a brillé du Sud sur la salle en pierre

þá var grund gróin grœnom lauki
du sol, ont poussé de verts poireaux

« Nous avons ici, bien sûr, quatre lignes qui décrivent, de façon très immédiatement lisible, les quatre Éléments aux quatre plans de l’existence: notre strophe est une exposition classique du Saint Tétragramme, ce qui va de soi pour la vísa 4 de la Prophétie, puisque, – entre une infinité d’autres choses, – les versets de la Völuspá ont été conçus pour révéler la Nature Secrète des Nombres 1 à 66.

« Les trois premiers décrivaient l’essence respective et les rapports des trois forces au plan supernel. Le quatrième procède – et c’est tout le sujet – jusqu’à la Matière, complétant le Quaternaire Élémental Équilibré, qui constitue le Nom Divin Ineffable.

« Notons que la très sage Vǫlva expose le Saint Tétragramme à son élève borgne dans un ordre inhabituel : le Nord (les fils de Borr), l’Orient (Midgard, i.e. l’homme ), le Sud (Sól, la rune du Feu, dont le nom signifie « Soleil au Zénith », est expressément citée), et l’Occident (la terre verdoyante, etc.), c’est-à-dire Eau, Air, Feu, Terre – ou Hiver, Printemps, Été, Automne – ou Nuit, Matin, Après-midi, Soir – ou Gestation, Jeunesse, Maturité, Vieillesse, etc. 

« Au plan kabbalistique, – et que sommes-nous, sinon les élèves du savant kabbaliste Wotan Borrsonn ? – la Permutation du Nom Ineffable correspondant à l’Ordre énoncé par la Vǫlva est ****, à laquelle est attribué le Signe du Lion ♌ : logique, pour la vísa représentant le Pouvoir Temporel procédant du Divin (le Grand Mystère 86 – Cf. Pr, 2) et correspondant au Manheim (la Dimension du Surhomme, l’Übermensch Vibration), i.e. à la Sphère de Cweorth ᛢ sur Yggdrasill, Sphère dont procède le Sentier de la rune Peorth ᛈ, rune à laquelle est, précisément, attribué le signe du Lion. (Ce Sentier est, au passage, celui qu’emprunte Þórr Burr Jörd pour aller casser du Jötunn).

« La vísa nous dit : Tout le Siðr (i.e. la Voie – le nombre 4 symbolisant la Croisée des Chemins) consiste à équilibrer nos Éléments internes. (Au plan opératif, ces éléments sont représentés par les quatre runes Ul (Eau), Ziu (Air), Sól (Feu), et Erda (Terre), que l’on utilise pour corriger les déséquilibres – Par ex : Nul n’est débauché par nature, ni contraint par son Wyrd de finir systématiquement ses soirées sous un pont, ronflant dans une flaque de vomi : un débauché est simplement quelqu’un qui a « trop d’Eau » – il lui suffit de travailler avec la rune Sól, rune du Feu, pour ajuster la chose, et gommer son mauvais penchant. Un menteur, un médisant, etc. a « trop d’Air », et aura donc recours à Erda, rune de la Terre. Un colérique a trop de Feu, et aura recours à Ul. Un paresseux, un triste, un mélancolique, etc. a trop de Terre : il aura recours à Ziu.)

« C’est le principe essentiel de la Magie : équilibrez vos quatre éléments, et le Cinquième surgira – la Colonne portera la Lumière de la Création jusqu’aux confins de l’Univers, et tout le Mal sera détruit… 

« Ce Cinquième Élément (l’Esprit) est attribué à la rune Wolfsangel (dont le nom signifie « Piège à Loup », puisqu’elle a le pouvoir de chasser Fenrir, le Mal Absolu [« le Mal Alpha », dit un Goði avec humour], et de le mettre en déroute). Son symbole traditionnel est la sandale, la chaussure, etc. qui représente la vertu d’Aller, i.e. de passer d’une Dimension à l’autre, de gravir Yggdrasill à sa guise, etc. (C’est pourquoi Vidar, spécialiste du Silence [en norrois Hlióðs, tout premier mot de l’Edda], utilise sa chaussure pour tuer Fenrir [Gyl, 51]).

« Pourquoi ? Parce que prise verticalement, et non circulairement, la séquence énoncée par la Vǫlva est descendante – de la Pureté première (Adr Burr Synn peut se lire « Avant les fils de Borr ») à l’excrément final (lauki, le poireau). (On notera, comme toujours, que le premier élément est dans le dernier, et le dernier dans le premier, puisqu’il est question de « terres » dans la ligne concernant Borr, et d’un poireau, symbole phallique (donc attribut spécifique de Borr), dans la ligne concernant la Terre).

« Le poireau représente donc ici l’excrément spirituel, la qlipah… Il est à notre cycle élémentaire (Fils de Borr -> Midgard -> Soleil au Sud -> Terre verdoyante), ce que la mort est à la séquence Gestation -> Jeunesse -> Maturité -> Vieillesse, ou le Sommeil à la séquence Nuit -> Matin -> Après-midi -> Soir. Il symbolise le dégradé ultime de l’idée de Colonne Originelle – Il est à Wolfsangel ce que le bouffon est au roi, ce que le bonnet à grelots est à la Couronne… Ici comme ailleurs, tout est dans le nom, et qui dit lauki a dit Loki – que l’Edda appelle < père du loup > (Lo, 10), et définit donc comme antithèse de Wolfsangel. »

Le Père du Loup  

 

. Oh oui ! s’écria ma minuscule interlocutrice, parlez-moi de ce Loki Burr Laufey… C’est un personnage équivoque, n’est-ce pas ?… biscornu, fantasque… paradoxal…

- Équivoque est le mot, oui… L’Edda, plus catégorique, l’appelle < porte-malheur > (Lo, 41), < corneille maléfique > (Lo, 43), < instigateur de tromperies >, < honte de tous >, < calomniateur > (Gyl, 33) < ennemi >, et < diffamateur > (Ská, 16). Elle insiste sur ce qu’il fut, qu’il est, ou qu’il sera (en vertu du principe énoncé par le sage Goði et scalde Hofgarda-Ref Gestsson – fils de notre matriarche la Gyðja Steinun Sunniva Refsdóttir, fille du Haut-Prêtre Ref le Grand, d’éternelle mémoire – qu’ < il n’y a pas d’avant ni d’après dans l’Edda >), elle insiste, dis-je, sur ce que Loki fut < le meurtrier de Baldr > (Ská, 16)… Ce n’est pas un compliment… 

Wodenson est, toutefois, d’avis que son crime – cause du < plus grand malheur jamais advenu > (Gyl, 49) a ceci de positif qu'il nous édifie : < Même un être aussi fourbe que Loki nous donne-là une leçon sur les dangers de la corruption interne > (Wotansvolk, §3) et Weev va jusqu’à le considérer comme un acte méritoire de la part de Loki, en qui il salue un inventeur injustement méconnu, opposé au « fils-à-Papa » Baldr : < Loki est le seul innovateur [...]. Par la première et la plus admirable des opérations de bio-hacking, Loki a donné naissance à un cheval à huit pattes, destiné à Wotan [...]. Or, il advint que Baldr, le fils de Wotan, décida que la plus grande demeure et les plus grands vaisseaux lui seraient dévolus, sans qu’il eût rien à faire pour cela, et en vertu de sa seule naissance. Baldr contraignait l’homme à produire, sans droits, ni juste compensation. Loki fut le seul à s’opposer à Baldr et lui donna une sévère leçon d’humilité > (A Dinner Prayer, §3-4). 

La nature de cette leçon est ainsi définie par Beth Wodandis : < La leçon que m’a personnellement donnée Loki est la même que celle qu’il donne continuellement aux Ases eux-mêmes : la croissance a besoin de la souffrance. La souffrance est sa nourriture, le carburant sans lequel elle ne peut avoir lieu. Et parfois, les choses qui nous sont chères et précieuses doivent être détruites, de force au besoin, et dans la douleur, pour laisser place à des choses neuves et meilleures. Wotan lui-même sait cela ; tous ses Enseignements illustrent ce principe, et quiconque s’est attaché à lui a ressenti l’angoisse qu’il éprouve au spectacle des souffrances que nous devons endurer pour grandir. Or, il ne faut parfois pas moins que Loki pour transmettre cette leçon aux autres, de la part de Wotan. >  Elle signale également : < Certains estiment que [Loki] est en fait l’authentique frère de sang de Wotan, que la tradition désigne par le nom Lodhur (dont Loki est un diminutif). Une poignée de gens ont même suggéré qu’il y avait quelque chose de plus dans leur relation – une sorte de lien homo-érotique… > (Lokis Role in my Life).

« Sur l’homosexualité de Loki, j’ai jadis fait écho à certaines parties d’un Cours donné par l’un de nos éminents Goðar en octobre 2012 e.v. : < Le seul Ase à pratiquer l’homosexualité est Loki. Tout homosexuel est prêtre de Loki. [...] L’inversion sexuelle est l’acte le plus antinature qui soit : la force primordiale de vie (sexualité) retournée contre la source de vie (polarité père/mère) ! C’est l’anti-vie dans son ultime expression. Sur l’échelle des dépravations humaines, l’homosexualité est le fin fond du tonneau, comme nous l’enseigne cabalistiquement le mot Rag (homosexuel en norrois), qui est l’envers, donc l’opposé, de Gar ᚸ, rune du sommet de l’Initiation symbolisant l’homme redevenu dieu. Or, Loki est l’exécuteur de la vengeance divine : lorsqu’une personne est rejetée du Divin, elle lui est livrée jusque dans sa chair, jusque dans sa sexualité, quintessence de son être, jusque dans, si j’ose dire, les fondements de sa personne physique – et atteint au stade de l’homosexualité affirmée, revendiquée, définitive. Si, donc, une société, non contente de promouvoir, d’encourager, d’honorer l’homosexualité, lui donne une place prépondérante (i.e. des droits particuliers, comme dans le cas du mariage homo), c’est clairement que Loki gouverne – qu’il est aux commandes, comme il sera à celles du Naglfar >. 

« Le Goði en concluait que Loki dirige effectivement les pays occidentaux : < Loki est, avant tout, < l’ennemi acharné de Heimdall > (Gyl, 33), qui est l’Ase du Mysticisme et le père biologique du peuple blanc : notre société proscrit tout ce qui favorise la descente en soi-même, i.e. le Mysticisme (paix, concentration, sobriété, renoncement à son hystérie personnelle, silence, posture, etc.), et elle extermine le peuple blanc. Loki est l’Ase de l’Ego – connaissez-vous un seul gamin occidental qui ne serait pas prêt à tuer père et mère pour peu qu’on lui promette, à cette occasion, un gros buzz médiatique autour de sa personne ? Le choc est frontal entre ceux qui suivent la Voie Divine et ceux qui < suivent le frère de Býleist > (Vo, 51) : jusqu’à Hollywood qui fait interpréter notre père Heimdall par un skreal...> »

L’Ennemi du Loup


. - Loki est donc, résuma la fée, essentiellement la haine envers « l’hétéro cis blanc », dont le plus parfait exemple est Heimdall – Mais Loki hait-il Heimdall parce que Heimdall est un parfait exemple d’hétéro cis blanc, ou hait-il les hétéros cis blancs parce que ceux-ci lui rappellent Heimdall ?… Et d’abord, pourquoi hait-il, ce sale rouquin ?!…

- Pourquoi hait-il – c’est-à-dire pourquoi est-il ?… Question plus vieille que le monde, et qui nous mènerait un peu loin… Disons, brièvement, que l’Univers étant < l’œuvre, et donc l’intention, de DIEU > (Pr, 2), l’Univers est Parfait ; que la Perfection implique l’immobilité, qui est la négation de la vie ; et que, donc, un élément perturbateur de l’harmonie universelle est indispensable à la vie.

« Voyez notre vísa : sans les poireaux qui surgissent à la fin, elle serait d’un ennui mortel : les Quatre Éléments seraient impeccablement, c’est-à-dire inamoviblement, c’est-à-dire inertement, équilibrés…

« Maintenant : Pourquoi tant de haine ?… Prenons les choses à la racine : < lettres, c’est-à-dire l’être > (adage godique) : de même que l’arbre entier est contenu dans la graine, – que Lugnasad est contenu dans le Solstice de Juin, et le rush d’endorphines dans le pic orgasmique, – tout être est contenu dans la lettre (i.e. la rune, du norrois rún, « Mystères ») initiale de son nom.

« L’initiale de Loki (et de lauki) est Laguz ᛚ, la rune du Malheur, du triomphe de la matière sur l’esprit, de l’empire aveugle de la force noire, du héros lié comme un esclave – bref, de l’incarnation contrainte, ou auto-sacrificielle… Son nom signifie « Eau », et la planète Neptune ♆, annonciatrice de nos nauffrages, lui est attribuée… < Laguz est la mère de la mer amère où l’âme erre > (adage godique)… elle est la vie in utero, la privation sensorielle totale, et le waterboarding… elle est la marée inexorable, montant sur nos Sages-Femmes enchaînées à l’Anneau des Trépassés par les partisans de la christianisation… Laguz annonce la douleur, le châtiment, la perte, l’échec, la défaite et la mort. Mais, à qui subit l’injustice et la persécution, elle confère le pouvoir de demeurer intérieurement noble jusque dans les fers, d’où son surnom de « Rune de Hamlet »… Il n’y a, du reste, pas d’illustration plus exacte de Laguz que l’Ophélie de Millais…

« De son coté, Wotan notre maître, notre professeur et notre Goði, – dont un des surnoms est Bági Ulfs, < l’Ennemi du Loup > (Sonnatorek, 23), – a pour initiale la rune Wunjō ᚹ, dont le nom signifie « Joie » : la rune porteuse de l’Invitation au Voyage (< … ordre et beauté, Luxe, calme et volupté >), qui engendre harmonie, amour, beauté, bonheur, succès, accomplissement, bienveillance, grâce, luxe – et joie, bien entendu. (Mal aspectée, elle est une mise en garde contre la débauche, l’oisiveté, le gaspillage en général, etc.)

« La Joie est donc la signature du Vieux Goði

« En Forn Siðr, il est interdit d’être triste, parce que Nanna (guématrie 102), épouse de Baldr & spécialiste de la Joie, sera la dernière Æsyne à mourir avant le déclenchement de Ragnarok (Gyl, 49). Tant que la Joie demeure, aucun malheur ne peut réellement avoir lieu. Nous en avons déjà parlé : il fait toujours beau – ce sont les vapeurs d’eau, – les vapeurs de Laguz -, s’élevant de terre comme autant de poireaux, – qui forment les < cruels nuages > (Grim, 41) : le bonheur absolu est notre état normal. Et le désespoir n’existe pas.

« Aussi, la Joie n’est-elle pas un adjuvant à notre Siðr, ni son but, ni son effet : elle en est l’élément essentiel. 

« Wunjō est l’initiale du maître – donc tout ce que vous faites est juste tant que cela vous réjouit. Et tout ce qui vous attriste est une transgression de la Loi Divine, qui vous vaudra, dans cette vie et dans l’autre, un réajustement sévère. 

« La Joie provient du cœur, du hvel du cœur (de même que la lumière qui forme notre aura, etc.) – c’est pourquoi il est écrit que Nanna est l’épouse de Baldr, dont le nom signifie littéralement ‘Ce qui appartient au cœur’ – Or, Wunjō est l’initiale du Vieux Goði pour nous enseigner que la Joie parfaite est celle que suscite l’accomplissement des raðumk.

« La Joie est l’instrument qui rend possible la connexion à la Lumière Divine que nous appelons « Initiation », et la montée vers cette Lumière que nous appelons Siðr. C’est pourquoi le nom de Nanna signifie littéralement ‘Celle qui donne du pouvoir’. »

***

- Comment deux êtres aussi dissemblables que Wotan et Loki ont-ils pu signer un pacte de sang ? murmura ma fée, avec l’air d’un emoji grognon. Ce pacte existe t-il, d’ailleurs, ou est-ce encore une mytho de Loki ?…

- Ce pacte existe, hélas… au point que Loki a tenté d’en faire publiquement honte au maître, lors d'un grand raout donné à Samhain par Ægir de Hlésey : < Te rappelles-tu, Wotan, que nous avons tous deux mêlés nos sangs autrefois ? Tu as juré que tu ne boirais pas d’alcool, qu’il ne nous soit offert à tous les deux > (Lo, 9)… C’est un profond Mystère, que, – noceur blanchi sous le harnais, – j’ai tendance à traduire ainsi : qui invoque le Wunjō de la fête, invoque le Laguz de la gueule-de-bois… 

- La vie est-elle un légume imparfaitement cuit, Sir ?

- Seulement pour qui se tient la tête en bas, comme le Pendu du Tarot – autre illustration de Laguz , et voit donc la dernière ligne de notre vísa « en haut »…

« La matière est une Contraction, une cristallisation de Lumière Divine. Le sortilège de Laguz nous a emprisonnés dans la matière : nous pouvons utiliser celle-ci, soit pour retourner à la Lumière – soit pour devenir des légumes…

« L’homme est un prisonnier à qui, de l’Extérieur, le chef de sa famille (un vieux borgne chelou) fait passer de l’argent pour qu’il s’évade : mais l’homme peut choisir, une fois l’argent en poche, de renoncer à ses plans d’évasion : il peut utiliser cette somme pour obtenir de menus privilèges à l’intérieur de la prison, et se faire une cellule confortable… Celle-ci n’en demeure pas moins une cellule, et lui un prisonnier, qui perd sa très courte vie derrière des barreaux…

« Telle est la Croisée des Chemins ! – le sort de l’homme – et sa tâche, qui est de rendre manifeste le Divin présent dans la Matière. 

« C’est, du reste, notre premier élan : puisque notre corps a besoin de nourriture matérielle, nous inventons la gastronomie. Puisque nous devons nous reproduire, nous inventons le fin’amor. Puisque nous devons nous protéger des intempéries, nous inventons l’architecture. Bref : nous transmutons, d’instinct, l’utilitaire animal en Célébration de l’Harmonie Universelle – c’est-à-dire en action de grâce envers l’Unique Indicible.

« Conclusion : Si la vie vous donne des poireaux, coupez-les en tronçons de huit centimètres, et cuisez-les dans de l’eau bouillante salée. Puis épluchez des échalotes, coupez-les en rondelles, et mettez-les cuire dans du vinaigre de xérès. Confisez les poireaux dedans. Disposez ensuite ceux-ci joliment, une fois tiédis, dans une assiette. Coupez de fines tranches de foie gras cru, et mettez-les sur les poireaux. Déposez, sur le tout, des pluches de coriandre, et des tiges de ciboulette. Salez de sel de Guérande, poivrez de poivre du moulin. Parsemez de quelques copeaux de jambon sec. Arrosez d’huile de noix et d’un trait de vinaigre de xérès réduit. Servez avec un muscadet un peu vif.

« Ce que j’essaie de vous dire, c’est : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem  – changez votre plomb en or, et vos poireaux en extase. »

Sur ce, je suis las. Soyez bénis à tous les plans imaginables de l’existence – Je vous aime tous – Et n’oubliez pas : La vérité est fluide, fugace, vagabonde, brouillonne, libertine, kaléidoscopique, et outrageusement abondante.

Bénédictions endiablées,

- Sir Shumule, 5 août 2015