dimanche 11 décembre 2016

Le Premier Frémissement


Orða þeira er maðr öðrum segir opt hann gjöld um getr (Hávamál, 65)

ᛇ. Le grand Wotan enseigne : < Des paroles que l'homme prononce, il reçoit le paiement > et Snorri appelle « primordiales » les « runes de la parole ». Primordial signifie « qui vient en premier ». Nos Sages disent : < Le premier frémissement décide de la fin du voyage > : que le héros parvienne au Palais du Roi, ou qu’il tombe dans une bouche d’égout, son parcours reste causalement connecté au premier pas qu’il a fait hors de chez lui. 

Puisque les runes de la parole sont primordiales, alors tout ce qui existe, tout ce qui a lieu, est un développement de Parole, et peut donc se résorber, se résoudre, se réduire en elle. L'existence d'une situation, même effroyablement dégradée, prouve son lien vivant, primordial, à la Parole : si dégradée qu'elle soit, cette situation ne peut donc altérer le pouvoir de la Parole lorsque cette Parole est « primordiale », i.e. lorsqu'elle se rapporte aux Choses Anciennes.

Ainsi, même celui qui a plongé jusqu’aux niveaux les plus bas, peut être instantanément reconnecté au Divin s’il prononce des paroles saintes, de « hautes paroles » (Hávamál) : Edda et prière. Peu importe la situation, il doit s’efforcer aux Eddas orð, aux chants sacrés, à la Huð, et discuter de questions de Siðr avec ceux qui l'entourent. De cette manière, il sera toujours capable, où qu'il soit, de se rappeler l’immanence divine dans le monde : sa faculté de parole ne l’abandonnera pas, et il ne pourra pas sombrer dans l’Oubli.

En maître chamane, Wotan Bági Ulfs dont c'est l'ipséité qu'être Ennemi de Fenrir – crée perpétuellement ce qu’il veut avec de la parole. L’utilisation primordiale, pure, du fabuleux pouvoir de la parole est donc le moyen d'empêcher nos existences individuelles, familiales, et le devenir collectif de notre peuple, de connaître leur Ragnarök.