mercredi 23 novembre 2016

Lacrima Mundi


Visionnant les scènes d’hystérie bouffonne et de surenchère lacrymale auxquelles se sont livrés les milléniaux « post-genre » à l’annonce de l’élection de Trump, il m’est revenu ce principe occulte essentiel, appelé lacrima mundi, selon lequel – et contrairement au simple bon sens, qui voudrait que, puisque l’état de pleurs est le processus d’expulsion d’un surcroît d’énergie négative, pleurer ferait toujours « du bien » –  il y a toujours < du hasard à pleurer > : une seule larme, disent nos Sages, suffit à ruiner une Initiation ou, au contraire, la parachève.

Il existe une très fine et subtile différence entre les larmes de Ziu – les larmes d’or rouge versées par Freyja pour Ód, son époux, et qui proviennent du languissement pour l’Un – et les larmes de tristesse – les < larmes sèches > versées par Thökk, lorsqu’on lui demanda de pleurer Baldr : < Ils la prièrent de pleurer Baldr afin de le faire sortir du Helheim, mais elle déclara : « Thökk pleurera des larmes sèches pour les funérailles de Baldr : vivant ou mort, je n'aime pas le fils du Grand Vieux. Que Hel garde ce qu'elle a » >, comme il est écrit (Gyl, 49).

Celles-ci sont des larmes d’égo meurtri – donc, effectivement, d’hystérie bouffonne et de personnalité approximative (pour ne pas dire de sexe douteux), raison pour laquelle l’Edda ajoute : < On devine que c'était Loki, fils de Laufey > (Gyl, 49).

Le nom de Thökk (« remerciement ») nous renseigne sur ce qui distingue, en pratique, les « larmes d’or rouge » des « larmes sèches » : Thökk se nomme, c’est-à-dire se résume, c'est-à-dire « s’arrête », au fait de dire « merci » : le maximum auquel Thökk puisse atteindre est Sól : elle ne peut pas procéder jusqu'à Ziu : sa Huð – i.e. la parole de Loki, i.e. l’humanité essentielle de l’être égotique au maximum de ses capacités – ressemble à Django Reinhardt : virtuose, certes, mais inapte à la prêtrise parce qu’il lui manque deux doigts.  

Le sel est le grand purificateur cérémoniel – mais une terre salée devient stérile. Toute larme ne procédant pas de Ziu est destruction pure et simple – ou plutôt : destruction impure et complexe. Ainsi, les « larmes d’or rouge » rachètent toutes les transgressions (elles permettent qu'Ód, descendu au niveau spirituel d’une méduse, remonte en flèche – litt. « en Ziu » – au niveau d’intégrer Fólkvangr), au lieu que les « larmes sèches » éveillent la Rigueur (empêchent le retour de Baldr, c'est-à-dire du Bonheur dans nos vies, et précipitent Ragnarök, la destruction de l'individu).

A la seule exception du moment de Ziu durant notre Huð, où les larmes de sang sont recommandées, < tout homme doit demeurer joyeux et affable jusqu'au jour de son trépas > (, 15) parce que < l'homme n'est jamais entièrement malheureux > (Há, 69) : le désespoir est du cinéma pour milléniaux post-genre : il n'a pas plus d'existence réelle que l'égo dont il procède : Thökk est un fake, et qu'elle pleure ou non, Baldr mun koma : elle n'aura fait qu'entraîner, dans l'intervalle, des destructions, des regrets, et des souffrances inutiles.