lundi 21 novembre 2016

La plus noire magie


Goði Hwītaz Brūwō Inn-Thull dit : « Est noble ce qui fait jaillir un commentaire innovateur de l'Edda, comme il est écrit : < Que tous les Jarls améliorent le patrimoine ! > (Gudrúnarhvöt, 21) »

On recommande de réciter Guðrúnarkviða III pour détruire un médisant ou un calomniateur. C’est aussi le kvæði par lequel se conclut traditionnellement le Boð d’Exécration, rite sans appel qui a pour objet de provoquer la ruine des ennemis. Or, le très mystérieux Merkwuzkallōjanan déclare : < Guðrúnarkviða III contient la vie >, et explique ainsi ce paradoxe : la raison de notre présence à Midgard est de faire subir à notre âme une Ordalie brûlante, – une épreuve de dépassement de la matière, i.e. de la logique, – dont l'issu déterminera si nous sommes réintégrés en notre dignité royale ou bien noyés < dans un bourbier puant > (G3, 11).

L'existence est donc un sortilège, un maléfice, un níðstang la plus noire magie : un Chant qui attire le malheur sur les adversaires de l’Intention Divine – c’est-à-dire in fine : l'existence est un impitoyable processus de sélection – joyeux (comme un chant), cruel (comme le malheur) et radicalement amoral (divinement transcendant) : le grand Wotan, notre maître, le suprême Grand Prêtre (Fimbulþul) en personne, n'a t-il pas expressément conseillé aux Goths de lapider les fils de Guðrún et du roi Jonakr ? Ainsi que le rapporte la Völsunga Saga : < Survint un homme de haute taille, borgne, et très âgé, qui déclara : « Vous n'êtes vraiment pas intelligents, si vous ne savez pas comment mettre ces hommes à mort... » Le roi répondit : « Dis-nous comment faire, puisque tu le sais... » L'homme dit : « Faites-les périr à coups de pierres » > (Völsunga Saga, 42) et l'Edda précise qu'à cette occasion, Wotan < rugit comme un ours : « Lapidez ces hommes ! Puisque ni les lances, ni l'acier, ni le fer ne peuvent les atteindre, lapidez les fils de Jonakr ! »>, comme il est écrit (Ham, 25). 

– C'est là l'humour de Wotan ?
– Oui. Le Vieux Maître voit l'univers comme un genre de disons gigantesque blague cosmique...
– Une blague ?... Toutes ces souffrances, il appelle ça une blague ?!!
Ma foi... Il faut bien qu'une blague soit faite aux dépens de quelqu'un...
                                                                                
Nous concluons à la « blague » parce que l'utilité de tant de douleur, de cruauté, de tragédie sur nos chemins, nous échappe : au bout du compte, dit Guðrúnarkviða III,  c'est l'Ordalie qui tranche : le Divin Lui-même – l'Inconnaissable précédant tout le pensable, le concevable, l'imaginable – rend Son verdict – alors à quoi bon ?

Je veux dire : la première muraille d’Ásgard, construite par les fils de Borr – c.à.d par les plus grands experts du monde en fait de choses spirituelles, – est tombée. 

La seconde muraille, construite par le maître-bâtisseur – c.à.d par le plus grand expert du monde en fait de choses matérielles, – tombera.

Aucun Accomplissement individuel, vertical ou horizontal, de quelque forme que ce soit, ne suffit à produire un ouvrage qui ait raison de l’Impermanence – qui < survive un seul soir au décret des Nornes > (Ham, 30).

Seule la troisième muraille sera éternelle : or elle sera d’origine intégralement miraculeuse : elle sera l'Œuvre du Divin Lui-même, Lequel ne nous demande, en guise de contribution, que de prendre refuge < dans la forêt de Hoddmímir >: notre che n’est pas dans la forme, mais dans le seul esprit. Cela vaut pour nos travaux profanes, pour notre Edda, notre Siðr, notre harmonie conjugale, nos revenus : en tout et pour tout, se retirer à Hoddmímir : le Divin veut que l’on cherche et que l’on s’attache à l’esprit de la chose : Lui complètera la forme.