mercredi 20 janvier 2016

Vade-mecum pour le barbecue final (Party II)


Deux êtres humains, dont les noms sont Lif et Leif-Thrasir, se cacheront à l'endroit appelé Bois de Hóddmímir pendant que fera rage le feu de Surt, et se nourriront de la rosée du matin. Ils auront une descendance si nombreuse que le monde entier en sera peuplé, comme il est dit au verset 45 des Vafþrúðnismál. (Gylfaginning, 53)

Cinquième Mercredi après Yule, 2.15
Sól in 29° 20' ♑ — Máni in 08° 38' ♊

II. Final Übermensch : Le Trésor de Mímir
                                                               
< Sól tér sortna, sígr fold í mar,hverfa af himni heiðar stjörnor; geisar eimi við aldrnara, leicr hár hiti við himin siálfan : Le soleil devient noir, la terre s'enfonce dans la mer, les brillantes étoiles s'agitent dans le ciel, la fumée couvre tout, les flammes grondent, le ciel est ravagé par le feu. > (Vo, 57)

Nos Anciens rapportent que Heidr la Volva, de mémoire bénie, a voulu ici nous avertir qu'en notre < temps de loups > (Vo, 45), même les plus grands sages seraient submergés par le déluge d’hérésie qui noie le monde. 

Seuls survivent à Ragnarok ceux qui prennent refuge au < bois de Hóddmímir >, dans les racines d'Yggdrasil, empruntant la Voie de Lif et Leif-Thrasir, qui consiste à ne plus s'alimenter que de < la rosée du matin  >, symbole traditionnel de la plus fondamentale vertu recommandée par le Siðr : la trú — terme généralement traduit pas "sincérité", "simplicité", ou "fidélité", mais qui englobe des concepts plus profonds.

On pourrait dire : trú est la vérité, non pas au sens d'une simple loi universelle abstraite, mais d'une valeur individuelle concrète applicable à chaque acte ou fait particulier : elle embrasse notamment l'honneur, la véracité, la conscience.

Opérativement, trú est communiquée par la rune Ingwaz ᛜ — en ceci, elle s'identifie à l'essence de l'esprit de l'homme, dont le cœur de sincérité est la manifestation la plus pure. Trú signifie que des paroles vraies deviennent des actions vraies : < elle est ce dont est née la source dont proviennent la beauté, la bonté et la vérité > (G. Stjarna Dagansonn) — il est donc parfaitement normal que, par Lif et Leif-Thrasir, nous la retrouvions, telle Urdarbrunn, au pied d'Yggdrasil.

En pratique, c'est une façon sincère d'aborder la vie, avec tout son cœur, une attitude dans laquelle rien n'est éludé, ni traité négligemment : elle résulte d'une prise de conscience du Divin.

C'est en s'attachant avec sincérité aux Æsir — i.e. en réalisant effectivement l'Asatrú — que l'homme survit à Ragnarok : Lif et Leif-Thrasir (type même des gens sincères, vrais, simples dans l'accomplissement de leur humanité, comme leurs noms l'indiquent ["Porteuse de vie" pour elle, et "Ardeur à transmettre la vie" pour lui]) prennent tranquillement refuge dans les racines du Grand Frêne, et échappent au carnage.

De là, nous apprenons ce principe capital de Magie cérémonielle : la simplicité est le moyen le plus élevé d’intégrer la lumière et de n’être pas détruit par elle : plus < le  mal est sur la terre > (Vo, 45), plus la lumière est forte en contrepoint, ce qui entraîne une déstabilisation totale du cerveau — Trú est ce qui permet, dans les heures épouvantables que nous nous apprêtons à vivre, qu'une personne continue d'intégrer la lumière bien que sa logique soit complètement dépassée — l''intellectuel", en revanche, cramponné à ses automatismes et à sa data bank de concepts,  basculera dans la virtualité intégrale et sera dévoré par Surt.

Leif-Thrasir, l'homme sincère, est l'homme post-Ragnarok — i.e. l'Übermensch final : il est le surhumain, "plus haut des hommes que ceux-ci le sont du singe" (Nietzsche), l'aboutissement du projet "homme", défini par les sept
Æsir survivants du cataclysme : un être pour lequel il n'est plus, au plan spirituel, que le Siðr (Viðar) et la Siðvenja (Vali) — un être dont le discours ne comporte plus que des préceptes d’énergie (Móði) et de force (Magni) — un être qui, en cas de bon karma (Baldr revenu d'entre les morts), ne songe qu'à généreusement faire profiter la terre de ce qu'il possède, et qui, en cas de mauvais karma (Höd revenu d'entre les morts), n’éprouve pas la moindre haine envieuse — un être dans le cœur duquel, enfin, se trouve la fille de Sól, réincarnation de Nanna, c’est-à-dire Joie à l’état pur.