vendredi 8 janvier 2016

Progéniture de Bestla


Troisième Vendredi après Yule, 2.11
Sól in 17° 7' ♑ Máni in 21° 42' ♐

Svá kvað Einarr: Því at fjölkostigr flestu, flestr ræðr við son Bestlu, tekit hefk morðs til mærðar, mæringr en þú færa. (Skáldskaparmál, 25)

L'essentiel de nos épreuves, de nos manques, et de nos échecs en ce monde, vient du type très particulier d'inertie que place, dans notre ADN, le sang hrimthurse hérité de notre aïeule Bestla le désir d'une vie aussi horizontale que possible, le lendemain reproduirait le jour présent, qui reproduirait le jour passé, de manière impeccablement conforme et systématique.

Cette tendance pousse l'homme à "prendre un emploi", à aimer les sitcom, à rechercher compulsivement "métro-boulot-dodo", à privilégier les formes de musique bruyantes, simplistes et en mode majeur (répétitives et, si possible, mécaniques = dont on est absolument certain qu'elles ne peuvent pas changer), fournissant une accélération nerveuse strictement animale, et ne présentant pas le moindre risque de susciter jamais un quelconque bouleversement affectif ou spirituel qui le pousserait à vouloir s’élever au-dessus de l’état de "mâcheur amer" (sens littéral du nom Nídhögg) bref, cette tendance pousse l'homme à emprunter Helveg. 

Sachant cela, beaucoup de Jarls versent dans une forme extrêmement pernicieuse de manichéisme, Borr serait Babyface et Bestla Heel ce qui, pour le coup, est un raccourci typiquement Jotunn.

Qui est Bestla ?

Beth Wodandis rapporte que la mère du Vieux Maître est < très grande (comme son fils), avec de longs cheveux blonds-blancs, la peau très pâle, et des yeux gris-bleus glacés. [...] Elle est hautaine, mais sans dureté ; réservée, mais avec quelque chose du charisme de son fils scintillant dans les yeux ; elle est majestueuse, impressionnante, et terrifiante. Comme Lady Margaret Beaufort, elle est la mère d'un roi sans être reine  — cela importe peu, du reste, puisque sa présence et son influence sont partout palpables à Ásgard ; elle est la seule personne envers qui j'ai vu son fils faire preuve de déférence. [...] Dans sa jeunesse, au Niflheim, Bestla était prêtresse sacrificielle pour Ymir [...] Elle avait été instruite pour diriger les temples de celui-ci [...] Elle a également été formée par les Nornes dès l'enfance : Urd l'a élevée comme sa fille et lui a enseigné les mystères du Wyrd — comment voir la trame, comment s'unir à la trame, comment (et quand) modifier la trame. Lorsque Ymir a dépassé les limites de ce que les gens pouvaient endurer, et que sa forme physique est devenue si immense que la masse d'offrandes nécessaire à sa subsistance a mis en péril la survie de son peuple, Bestla occupait un poste-clé pour mettre fin à son règne et pour que l'aîné de ses propres fils, Wotan, le remplace. >

C'est donc elle qui a permis aux virtualités lumineuses placées par Borr dans son fils, de trouver leur application pratique, politique. Rappelons également que le maître de notre maître était Mímir, soit le frère de Bestla : l'application de l’énergie de Borr à des objectifs concrets, qu'ils soient politiques ou initiatiques, n'a donc pu avoir lieu que par l'entremise de la lignée de son épouse.

De là, nous apprenons que la Lumière l’énergie primordiale qui, en elle-même, est neutre (Auðumbla nourrit autant Ymir qu'elle révèle Búri), doit, lorsqu'elle surabonde, être inclue dans les mesures temporelles les plus rigoureuses possibles, afin que puisse être manifesté le Divin dans le monde : l'analogie érotique est évidente (plus la cheville est puissante et le pertuis étroit, plus l'extase est intense), et c'est de l'union des Æsir et des Thurses du givre que sont sortis les prêtres-princes de l’humanité la lignée de Heimdall.

Notion essentielle : Toutes les forces maléfiques (les enfants de Loki) se nourrissent de l’énergie masculine répandue en vain, c.a.d non inclue dans une mesure féminine : d’où les étapes préliminaires à l'Initiation (Étude, Probation) qui visent à contracter la Lumière reçue par le postulant son enthousiasme, au sens strict ἐνθουσιασμός dans les mesures de l'Edda, de la Siðvenja, et de l’Ascèse quotidienne, afin qu'elle ne soit siphonnée par aucun des rejetons d'Angrboda, et que l’élève ne connaisse pas le sort de Thjazi, qui, rendu fou par la lumière régénérante d'Idunn, oublia qu'il était un lourdaud Jotunn, se prit pour un aigle, s’élança vers Ásgard et fut carbonisé vif en plein vol.     

Plus furieuse la lumière, plus carré la mesure, et le mal ne peut pas être : c'est de l'union de Wotan et de Grid mégère Jotunn acariâtre et cupide que naît Vidar, le tueur de Fenrir.