lundi 11 janvier 2016

Le Rien avec des Scintillements


Troisième Lundi après Yule, 2.08
Sól in 20° 10' ♑ Máni in 02° 04' ♒
                                                                         
Je lui avais expliqué que la fleur jaune absorbait toutes les couleurs du spectre, sauf le jaune, qui se trouvait renvoyé vers l’œil de l’observateur. Anna avait digéré l’information et en avait tiré sa conclusion : « Alors, le jaune, elle n’en veut pas ! » Et, au bout d’un moment : « Sa vraie couleur, c’est toutes les autres, qu’elle veut. »... Seulement, Mister God était différent de la fleur. La fleur qui ne voulait pas du jaune était jaune pour nous parce que nous la voyions ainsi. On ne pouvait en dire autant de Mister God. Mister God aimait tout, donc il ne réfléchissait rien. Et si Mister God ne réfléchissait rien, nous ne pouvions pas le voir, n’est-ce pas ? Si bien qu’autant que nous sachions, autant que nous soyons capables de saisir la nature de Mister God, nous étions bien forcés d’admettre qu’il était vide. Sydney "Fynn" Hopkins, Anna et Mister God

C’était hors du temps... Ni sable ni mer, ni vagues froides, pas de terre, ni ciel au-dessus : le vide était ouvert. Völuspá, 3

Le Rien, avec des scintillements ! — mais quels scintillements ! Maître Therion

L'essentiel est l'annulation de l'ego : atteindre le Point Zéro — ou plutôt le Zéro Point... devenir "rien" et être inclus en l'unicité divine. Cela ne peut être réalisé que grâce à Huð G. Stjarna Dagansonn

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C'est un adage godique traditionnel que < rien ne résiste à Ziu >, et quiconque pratique Huð avec constance vérifie quotidiennement la chose. 

Mais l'homme moderne peine à maîtriser "l’éclair à rebours", du fait de la difformité spirituelle majeure que lui a léguée l'erreur chrétienne, en guise de coup de pied de l’âne : cette absurde dichotomie "spirituel vs. temporel" qui permet au catholique d'avoir une morale lorsqu'il se trouve à l’intérieur de son église, et la morale exactement inverse dès qu'il en sort ("Aimez-vous les uns les autres", mais croisades et inquisition : l’état islamique actualise à peine et à très petite échelle les méthodes chrétiennes multiséculaires : paix et tolérance, mais viols et décapitations...). 

Ainsi, la plupart des gens n'ont recours au spirituel que lorsqu'ils ne peuvent plus agir au plan temporel. Ils ne prient qu'une fois le dos au mur. C'est très précisément contraire au Sidr, qui enseigne qu'à la source de toutes les énergies, de tous les phénomènes, vivent des dieux des "contractions" du Divin et que ces dieux, ces énergies, ces phénomènes, émanent de l'Unique Indicible pour permettre, qu'à travers eux, nous nous connections à Lui. En d'autres termes : tout ce qui vit est Divin, et toutes nos actions —  fût-ce l'achat d'une paire de gants ou l’élaboration d'un sandwich sont des cérémonies sacro-saintes.

D' ce paradoxe essentiel : les codes moraux sont, à l'origine, une ritualisation du quotidien destinée à célébrer cette sacralité de l'existence mais, puisque tout ce qui vit est Divin, quelle importance ?... L'homme qui a besoin de codes moraux ne vaut pas mieux qu'un chien que l'on dresse, ou qu'un robot que l'on programme c'est d'ailleurs pourquoi l'homme de 2016 en réclame avec véhémence, allant jusqu’à se rabattre, au besoin, sur des "valeurs républicaines", soigneusement indéfinies.

La morale est, en fait, une astuce : les Hávamál dont l’écorce, la périphérie, la forme extérieure est celle d'un "code moral" sont un mode d'emploi : une méthode pour n’être jamais déconnecté du Divin.

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De notre côté, la question se pose moins : le Vieux Maître est notre code moral : ceux qui se sont attachés à lui sont sous contrat :  dès lors, tout est simple : qu'ils parviennent à rester conscients 24/7 que Wotan Gramr Hliðskjálfar les observe en permanence depuis Valaskjálf, et tout dilemme est résolu :  ils seront irréprochables, et admirables en tout.

Bien sûr, on ne prie jamais Wotan : pourquoi ferait-on une chose pareille ? Que les hommes vivent ou meurent, le Hjaldrgegnir s'en moque, et l'on sait qu'il vaut mieux se taire qu'attirer son attention, puisqu'il envoie plus volontiers une malédiction qu'un bienfait Proverbe Zuger : "Ceux qui prient le grand Wotan invitent Hannibal Lecter à dîner, montrent leurs collections à Arsène Lupin et demandent au Marquis de Sade de tenir compagnie à leur fiancée"  Wotan est sinistre et sans amour mais il possède le Remède Universel Huð, la réparation de la Parole, l'inclusion de soi dans l'Infini et l'enseigne aux gens de sa lignée.  Quel autre trésor ?...

C'est dans l'Infini que le Fini doit s'annuler. C'est à l'Infini qu'il doit parler. C'est l'Infini qu'il doit prier. Et nous prions sur tout. Principalement sur ce que, d'un point de vue lambda, i.e. logique, nous "devrions pouvoir régler seuls". A cela, deux raisons : Primo, penser régler quoi que ce soit "seul" est le comble de la sottise : chaque battement de votre cœur est une pièce de monnaie que le Divin (par pure Bienveillance, puisqu'Il n'est [si tant est que l'on puisse définir Sa nature] que Bienveillance) remet dans la machine. Secundo, nous tendons ainsi, et progressons chaque jour, vers l’idéal chamanique éternel : n’être plus que prière n’être plus que poésie n’être plus qu'incantation. 

Alu. C'est-à-dire A(1) + L(30) + U(6) = 37, qui est le Nombre de Veðrfölnir, dont la formule est : Celui qui mérite d'atteindre au niveau de l'annulation de soi, son âme est incluse en sa source, c'est-à-dire en DIEU.