dimanche 31 janvier 2016

Le Monde selon Búri


Avant-veille de l'Imbolc, 2.00
Sól in 10° 31' ♒ — Máni in 28° 04' ♎  

Le troisième jour, ce fut un humain tout entier qui apparut. Son nom est Búri. (Gylfaginning, 6)

Sút Ró commence immédiatement après Samhain, , en mémoire de la chevauchée d'Hermód, nous descendons cinquante jours vers le centre de la terre.

A Yule, nous touchons le fond, trouvons le Grand Or au cœur des ténèbres, et célébrons Douze Jours cette découverte : ce que nous prenions pour Náströnd était une caverne aux trésors !... 

Les joyaux ne nourrissent, hélas ! qu'ils n'aillent dans le monde : il nous faut donc remonter vers la Lumière, par les vingt-six marches de l'Escalier secret, pour surgir à l'Imbolc, fête purificatoire : celui qui séjourne trois Lunes sous la terre a, par-dessus tout, besoin d'un bon bain...

L'Imbolc est dans trois jours !... Sortie des hibernants, qui est à l’année ce que l'Aube est à la journée !... ce que le quarantième jour de la vie in utero est à l'existence humaine (1) !... et les Relevailles aux Cérémonies d'Accueil !... Enfance (pureté, au sens littéral), maternité (eau et lait) : l'Imbolc est, par excellence, la fête de Búri

Le nom de notre aïeul nous le dit, du reste, qui signifie à la fois "enfoui" (cf. buried en anglais moderne) et "nourrisson" (2) : voilà le "Premier" — c’est-à-dire l’Unité apparue — voilà Gar soi-même : le nourrisson saint (car < beau, grand et vigoureux > (Gyl, 6), la < triple signature > de la divinité) et immaculé (essence du "Pur", dont la glace, puis le sel, sont les "écorces" extérieures successives) : la partie de Lui que le Divin, en Se retirant pour former  Ginnungagap afin d'y établir Son Système, a laissé cachée, enfouie, au sein — dans le giron — du Système en question : d’où la Parole du Merkwuzkallōjanan : < Ginnungagap est le Cercle, Búri le Centre, Auðumbla le Rayon >.

Búri est l'Arcane Premier, c.a.d Dernier : l'Image la plus haute que nous puissions nous faire de l'Un est un enfant d'une pureté absolue : enseignement vital pour cette longue méditation sur la Proximité et l’Éloignement du Divin qu'est le Forn Siðr, le Voyage chamanique : Imaginez, disent nos Anciens, que vous ayez la charge d'un merveilleux enfant blond rieur, tout de Joie, d’Énergie et d'Innocence, et qu'en aucune manière, vous ne puissiez altérer cette enfance : si vous disiez ou faisiez quelque chose que l'on ne doit pas dire ou faire en présence d'un enfant, vous seriez instantanément expulsé loin de sa présence, sans qu'il ait seulement pu vous entendre ou vous voir agir : pour vous rapprocher de lui, vous devriez alors vous "purifier" (littéralement : vous "rendre enfant") toute l’Ascèse, tout le travail sur soi, consiste à devenir le compagnon de jeu idéal, permanent de cet Enfant : chez l'Enfant, il n'y a que les Enfants de reçus.

***

Notes :

1. Quarantième jour de la vie in utero : début de l’activité cardiaque. 

2. Si l'on écrit Buri (avec un u court), le nom signifie "l'Originel" (litt. "Ce dont émane").

vendredi 29 janvier 2016

Les Chants de l'Edda


Sixième Vendredi après Yule, 2.17
Sól in 08° 29' ♒ — Máni in 04° 26'  

Vildo at ec, Valföðr, vel fyrtelia forn spiöll fira þau er fremst um man (Völuspá, 1)

Questions reçues cette nuit :

Quand on lit un poème de l'AE en oraison, vaut-il mieux le lire en français ou en VN ?
Il vaut mieux le lire en norois. Se procurer le texte en phonétique au besoin. En français si ni l'un ni l'autre n'est possible.

Lequel faut-il lire avant un examen universitaire ?
La Première Edda est une gigantesque pharmacie spirituelle une sage-femme cosmique une compilation de Charmes et de Sortilèges mais, comme vous le savez, les Pouvoirs effectifs dissimulés dans les Chants ne correspondent pas du tout au sens littéral de ceux-ci, et l'usage est de ne pas donner les attributions secrètes en public. 

Est-il dangereux de lire un poème de l'AE en oraison, sans en connaître l'effet occulte ?
Pas du tout. Rien à voir avec les runes, qui détruisent même celui qui a trouvé une attribution juste et l'emploie avec de bonnes intentions, s'il l'a trouvée "rationnellement" ou sur Google et n'a pas été dûment initié. Les Chants de l'Edda, lus en direction de Thulé, ne peuvent faire que du bien.

Peut-on [les] dire à plusieurs ?
Oui, c'est même chaudement recommandé, mais ne faites pas un "chœur" réglé. Que chacun garde l’intensité de son Oraison personnelle. On fait aussi des "chaînes", ou des lectures en synergie. Nous autres Zuger avons l'habitude de lire la Völuspá tous les matins à nætr-elding (grosso modo quatre-vingt-dix minutes avant dagan). Joignez-vous à nous.

jeudi 28 janvier 2016

72 Heures ou La Parole Magique

Gunnlöd, par Anders Zorn

Sixième Jeudi après Yule, 2.14 
Sól in 07° 28' ♒ — Máni in 22° 30' ♍  

Des mots que l'humain prononce, il reçoit le paiement. Hávamál, 65 

Un beau style littéraire est une auréole de sainteté. Éliphas Lévi

Tout l'enseignement du grand Wotan, notre maître, porte sur le principe de formule magique, i.e. de parole dirigée : incantation, chant, poésie, légende (= "ce qui se dit"), éloquence, littérature : l'univers est parole dirigée c'est pourquoi le sage entre les sages a jugé que le vol du skáldskapar mjaðar, < casse des siècles des siècles > (G. A. d'Angers), justifiait le recours au meurtre, l'obtention d'un CDD d'ouvrier agricole, l'abaissement de soi à des travaux de prole, des effractions multiples, soixante-douze heures de sexe avec la nièce de son employeur (ce dont on déduit que, tout Jotunn qu'elle fût, Gunnlöð n’était pas totalement repoussante), l'ingestion cul-sec de deux cuves + un chaudron d'hydromel, et une fuite périlleuse par la voie des airs... 

Le propre du skreal (et < un Blanc sans Siðr est un skreal de couleur claire, sauf qu'il est réparable > [G. Hwītaz Brūwō Inn-Thull]) est d'ignorer la portée magique de ses paroles (il parle "pour ne rien dire", raille, ment, jure, voire le Divin préserve parjure), tout en vous répétant : "Ne prononcez jamais le mot 'corde' dans un théâtre, ni 'lapin' sur un bateau : ça porte malheur !"... "Dans la culture occidentale moderne, il y a clairement un avant et un après California Dreaming"... "Mon fils veut toujours que je lui raconte le Petit chaperon rouge avant de s'endormir, et il ouvre de grands yeux quand je dis 'Tire la chevillette et la bobinette cherra'"... "Grâce à ce slogan, la lessive Machin a augmenté ses ventes de 38 % !"... "Lire Houellebecq a radicalement modifié ma perspective sur la conjoncture"... 

Principe même du Chamanisme : 1. La flamme de l'Invocation attire la Lumière Divine 2. La prière, i.e. la "direction", le texte, le tour, c.a.d l'intention de l'Invocation, donne à la Lumière une forme 3. Cette forme, descendue dans la matière, se réalise en fonction de la solidité des récipients — des "cuves" et du "chaudron" de celui qui invoque. (D’où les rigueurs de l'Ascèse, et les prescriptions religieuses en général, qui ont pour objet de fortifier nos récipients afin de recevoir une Lumière plus intense : le Divin ne va certes pas exaucer votre vœu de gagner au Loto, tant qu'Il voit que devenir riche vous ferait instantanément perdre la tête et dilapider vos gains en abominations skrealing le monde est suffisamment abîmé comme ça...) 

L'Invocation doit donc être prononcée en mots réels littéralement. Il ne suffit pas de prier in petto. Bien sûr, le Divin sait ce que nous pensons, mais les paroles doivent être dites, parce que le discours est ce au travers de quoi nous recevons le flot de bénédictions : telles sont nos paroles, telle est la bénédiction que nous recevons : celui qui parfait son discours peut recevoir d'abondantes bénédictions au seul moyen de la forme qu'il donne à ses paroles. C'est pourquoi Snorri qualifie les "runes de la parole" de "primordiales", et pourquoi le grand Wotan, notre maître, a boire et recracher l'Hydromel : nous devons physiquement articuler nos prières par la bouche.

Alu

mercredi 27 janvier 2016

Angan Friggjar : le Maître des Mystifications


Sixième Mercredi après Yule, 2.11

La fonction essentielle de Gungnir est de percer des trous dans les tabous surfaits. — Sir Shumule

Un élève m'annonce qu'il a "officiellement atteint au niveau de ceux qui, lorsqu'ils disent la Völuspá, ont la gorge qui se serre et la voix qui devient blanche à la visa 53, au moment de þá mun Friggjar falla Angan" — C'est un cas très courant, assez pénible en public, et qui justifie la tradition Siðr d’accélérer la lecture des visur rapportant un drame, une malédiction, une mauvaise nouvelle, etc. en "coupant leur effet" (comme on dit au théâtre) avec la visa suivante.

Au passage, Angan Friggjar ("Bien-aimé de Frigg") est le nom le plus important du maître, puisqu'il est le dernier par lequel la Volva le désigne. Il est aussi le plus mystérieux... Inexplicable, en fait — de même que l’attachement qui nous lie à lui au point de ne pouvoir prononcer sans consternation l'annonce de sa mort future (qu'elle soit aussi loin de nous qu'une députée guyanaise des appartements de Frigg, Alu)...

Nos Sages s’interrogent depuis des millénaires : la Volva dit que Wotan est quintessentiellement "le Bien-Aimé de Frigg"... Or, Frigg l’Irréprochable est "la Seule qui soit parfaite"... Question : Que peut-elle bien trouver à un individu pareil ???

Même les universitaires, genre "professeur de civilisation scandinave à la Sorbonne" — comme le bon Régis Boyer, — appellent notre maître un "amant retors, misogyne et malveillant"... Avouez tout de même !... Pour ma part, je me souviens d'avoir décrit Wotan ainsi :

Il voyage perpétuellement dans le monde, sous un déguisement, portant un vieux manteau bleu et un chapeau à larges bords abritant le visage effrayant d’un borgne à barbe grise. Où qu’il soit, il sème la discorde et la désolation, suscitant des querelles entre les alliés de manière à récolter, pour le Valhalla, une belle moisson de héros tombés au combat. Il est raffiné, rusé, impitoyable et compliqué. Que les hommes vivent ou meurent, il s’en moque. Il est cruel et sans amour. [...] Wotan présente toutes les caractéristiques de la "Fripouille divine" — fourberie, humour noir, amoralité, sexualité. (Le Feu sous la glace)

Ou :

Wotan n'est pas seulement un être sinistre et versatile que la médecine moderne classerait parmi les psychopathes — il a aussi un humour détestable [...] Son activité se résume à être lugubre et morose et impitoyable. A tout observer, à tout désapprouver, constamment, depuis Hliðskjálf. A pratiquer les formes les plus répugnantes de divination, de sorcellerie et de magie sexuelle — et, bien sûr, à semer vicieusement la discorde au sein des couples et des alliances politiques, dans l’espoir que des carnages atroces lui permettent de faire du recrutement pour son armée privée… (La Chasse Sauvage)

Ou encore :

Wotan est le patron de tout ce qui n’est pas « phénomène de mode » — vestimentairement, déjà (vieux manteau élimé et chapeau flagada) !… En fait, toute son œuvre peut se résumer à l’intraduisible adjectif anglais unfashionable — principalement parce qu’il est le maître du conséquentialisme [...] Affirmant que tout ce qui contribue à détourner du monde la menace de Ragnarok est bon, l’éthique norse est un conséquentialisme-type : Wotan lui-même, qui ne trouve, à cette fin, aucune ruse trop perfide, aucune bataille trop sanglante, aucun sacrifice trop lourd, peut être vu comme l’épitomé du conséquentialisme. (Unfashionable)

J'aimerais savoir si c'est l’idée que Fjörgyn se faisait du gendre idéal...

Alors — oui, bien sûr — l'amour de Frigg (qui ne peut être que sincère et désintéressé, puisque Frigg est parfaite), nous ramène au principe essentiel : l’âme est transmise par le père, le savoir-faire par la mère (raison pour laquelle une femme n'est réellement attirée que par l'âme, le "voltage" intérieur, de l'homme, et l'homme par le savoir-faire, la séduction extérieure, de la femme), qui fait que même un Wotan peut rendre une Frigg raide amoureuse.

Aussi, à l'adage godique : < On ne peut contempler le Divin sans support, car le Divin, en Soi, est indépendant des Neuf Mondes : or, la plus directe et la plus parfaite image du Divin à laquelle on puisse atteindre, est le regard d'une femme sincèrement amoureuse. > (Merkwuzkallōjanan)

Mais qu'en est-il de nous, chantres muets d’émotion à la lecture de þá mun Friggjar falla Angan ?

Eh bien — nous sommes ceux qui savons que, si le livre le plus quantitativement important de l'Edda s'appelle Gylfaginning, c'est parce qu'Erda, ce monde, le monde du quantitatif, n'est que cela : une mystification, dont Wotan tire les ficelles... Depuis notre arrivée sur terre, nous sommes des jouets entre les mains du vieux magicien... Tout n'est qu'illusion, fake et camera cachée... Nos combats, nos amours, nos malheurs... mystifications !... Afin de nous amener à transgresser le "pacte éternel" de la mort, en nous donnant le courage de braver notre Destin et d'abandonner de nous-mêmes notre enveloppe hystérique, tuant le vieil homme afin que, tel le Nouveau Soleil de Yule, ou Baldr revenant du Helheim, nous renaissions à une vie nouvelle... Tout est toujours, avec Wotan, question de suicide initiatique, ainsi qu'il est écrit : < le moi sacrifié au moi-même > (Há, 138).

Alu

mardi 26 janvier 2016

Sept nuits avant l'Imbolc


Cinquième Mardi après Yule, 3.54
Sól in 05° 26' ♒ — Máni in 28° 02' ♌


Váðir mínar gaf ek velli at tveim trémönnum rekkar þat þóttusk er þeir ript höfðu neiss er nøkkviðr halr : Dans la vallée, j'ai couvert de mes vêtements deux idoles de bois : ainsi vêtues, elles se sont prises pour des seigneurs : moi, nu, je n’étais plus rien (vamál, 49)

Pour qui que vous vous preniez, quels que soient les monstres amicaux dont vous avez tenté de faire vos dieux et vos déesses, quels que soient les virus médiatiques invités par vous dans vos sanctuaires les plus intimes vous pouvez décider illico que le moment décisif est venu. Vous pouvez décider que vous êtes fin prêt à changer de vie, à changer votre ciel de naissance, à changer votre changement... Qui se branche sur l'Edda, se branche sur la version purifiée, glorifiée, unifiée, déconcertante, de lui-même.   

lundi 25 janvier 2016

Nídhögg est une langue de vipère : Considérations sur le Premier Raðumk


Cinquième Lundi après Yule, 3.23
Sól in 04° 25' ♒ — Máni in 15° 24' ♌

 

La langue est la mort de la tête (Hávamál, 73)

Le Siðr considère la médisance comme la faute la plus grave qu'il soit possible de commettre et cela peut, pour le coup, sembler violemment protohistorique, à l'heure épancher ses frustrations sociales sur des forums en ligne, et rassasier sa coprophagie dans la presse pipole (i.e. ingurgiter et régurgiter de la médisance non stop), est devenu normal dans le bas-peuple.

Nos Anciens expliquent la chose ainsi : dire du mal de quelqu'un renforce l'emprise de la fantasmatique (identifiée aux anneaux de Nídhögg) : lorsqu'un homme médit (ou parle grossièrement), sa conscience spirituelle et sa compréhension lui sont retirées, parce qu'il a utilisé son humanité essentielle, la Parole, dans une perspective excrémentielle de destruction, de haine envieuse, de "mâchonnement amer"* en langage eddique : son Ratatosk est devenu porteur du message aigri de Nídhögg, et se déclare donc contre l'Aigle sans nom (qui correspond à la partie spirituelle de l’âme humaine, i.e. à sa Compréhension [Calc ᛣ]). 

L'individu tombe donc aussitôt de la connexion au Divin (= le message de l'Aigle) dans les passions tristes et les désirs animaux (= la formule de Nídhögg) : la source de ces passions et de ces désirs (de ce message) est le "mode de pensée" de Nídhögg, i.e. la capacité de projection fantasmatique de l'homme, qui appartient à sa nature consumériste/animale : le fantasme se nourrit de mensonge, de calomnie (comme Nídhögg se nourrit d’excréments [= mange les cadavres des parjures, des meurtriers, des adultères (Vo, 39)] et de destruction [ronge les racines d'Yggdrasil (Grím, 35)]), et il est directement opposé à la faculté de Mémoire (régie par Calc, cf. Mímir, le maître du maître, et Munin, dont le grand Wotan dit : < Je m’inquiète que Huggin ne revienne pas, mais suis infiniment plus anxieux pour Munin ! > [Grím, 20]), la faculté de Mémoire, dis-je, grâce à laquelle nous gardons à l'esprit notre véritable situation dans le monde (l’équivalent karmique du "vous êtes ici" des plans du métro parisien, qui est bien l'indication la plus précieuse qu'un Goði puisse vous fournir) et notre destinée éternelle (le "Stairway to Heaven" sans commencement ni fin comme il est écrit : < chaque homme vivra de toute éternité > (Gyl, 51)). 

Ceux qui abusent du langage tombent dans l'Oubli (cf. Hà, 13, notre maître explique que l'Oubli prend, par la discussion oiseuse, le convive dans ses ailes, sur le mode de Vo, 66 la Volva voit Nídhögg portant des cadavres dans les siennes), l'Oubli, dis-je, qui est < la mort du cœur > : le hvel de Ior   s’éteint chez les médisants (puisque au < Serpent qui donne Sagesse et Lumière (lecture cabalistique traditionnelle du mot Ior, qui signifie "serpent") >, ils ont préféré le serpent < qui frappe férocement >*), et ils ne parviennent plus à se rappeler que notre vie dans ce monde est un examen, donnant accès à un examen, qui donne accès à un examen, et ainsi de suite jusqu’à l'Infini.... Ces gens deviennent techniquement des zombies, au sens absolument vaudou du terme, puisqu'ils n'ont plus aucune conception de leur fonction personnelle et de l'objet de leur existence dans le meilleur des cas, ils singent compulsivement une personnalité forte qu'ils côtoient et/ou admirent, et, comme Loki chez Ægir, n'ouvrent plus la bouche que pour dire du mal de quelqu'un tant il est vrai que Nídhögg est à Ior ce que le cercle vicieux est à l'Ouroboros...

***

* Nídhögg peut se lire Nidhogg, "amer mâcheur", ou Nidhöggr "celui qui frappe férocement".

dimanche 24 janvier 2016

Glamour Chamanique


Cinquième Dimanche après Yule, 1.12
Sól in 03° 24' ♒ — Máni in 02° 30' ♌


Comment le Vieux Goði peut-il être < Maître en Tromperies > (= Skollvald, cf. ÓN, 6) tout en étant < Véridique > (= Saðr, cf. Grím, 47 ; Gyl ; ÓN, 8) ? La réponse est double, elle aussi : 1. Les gens, aujourd'hui, détestent la vérité en soi, et l'on ne peut, paradoxalement, plus la leur faire intégrer que par tromperie, comme un médicament amer sur un morceau de sucre. 2. La Stan du grand Wotan est purement véridique : elle s'applique, et s'inclue, en Cweorth, dans le visuel, le "glamour" de la rituélie, qui est une tromperie, puisqu'il a pour objet d'enflammer, non l'esprit des personnes présentes, mais le cœur de l'officiant. EHXI

Il arrive que l'on ne ressente pas d'enthousiasme durant l'Invocation (ou la prière personnelle). Il faut alors agir comme si l'on en ressentait, enflammant son cœur au moyen du sens des paroles, et du "glamour" chamanique C'est similaire à la façon qu'ont certains bilieux de s’échauffer progressivement dans la conversation au moyen de leurs propres invectives, jusqu’à devenir réellement fâchés : on dit d'eux, avec justesse, qu'ils "se mettent en colère".De la même manière, il faut parfois, dans l'Invocation, s’échauffer, se mettre soi-même en état passionnel Wotan est appelé Gapþrosnir ("le Frénétique"), Göllnir ("Celui qui hurle"), et Ómi ("Celui qui vibre") : il faut entrer, de force, du feu et de l’intensité dans ce que l'on récite. A la fin, l'enthousiasme devient réel : votre cœur brûle pour le Divin, et vous invoquez avec une authentique ferveur : la tromperie maîtrisée vous a rendu impeccablement véridique. 

vendredi 22 janvier 2016

B.I.F.R.O.S.T


Cinquième Vendredi après Yule, 2.13
Sól in 01° 22' ♒ — Máni in 05° 55'


Une lectrice aïkidoka, que je désignerais donc par l'initiale 合, bien qu'elle ne soit pas japonaise le moins du monde, —  m'a écrit qu'elle identifiait, depuis ce billet, les sept plis de son hakama aux sept Æsir survivants de Ragnarok.

合 est un génie...

On enseigne, en effet : < les sept survivants sont le Bifröst > — c’est-à-dire que le parfait service divin la Voie de Leif-Thrasir consiste à :

1. Être, spirituellement, aussi prométhéo-sagittariannement jusqu’au-boutiste dans son Siðr que Viðar de Landvidi dans le sien et : 2. Dans la manifestation temporelle de cette ascèse, aussi inexorable que Vali de Gladsheim (méprisant tout ordre logique, tout bon sens, toute pitié, toute convention) dans l'observance de la Siðvenja

3. Avoir, comme Móði Thorson, pour seul référentiel à son discernement moral : "l’énergie, c'est le Bien, l'inertie, c'est le Mal" et : 4. Synthétisant cette éthique de Brute Blonde, prendre pour devise personnelle l'aphorisme nietzschéen que Magni Thorson applique indifféremment à tous les aspects de sa vie : "Ce qui ne me tue pas me rend  plus fort".

5. Embellir, orner, protéger le monde et le rendre fertile, si, comme Baldr de Breidablik, on est riche et heureux 6. N’être que paix, patience et sérénité confiante si, tel Höd, fils de Wotan, l'on traverse un temps d’épreuve. 

7. Enfin, comme "la" Nouveau Soleil, être toujours joyeux.

Voilà les sept couleurs de l'arc-en-ciel, les sept notes de la gamme, et les sept jours de la semaine...

Mais attention : Bifröst est un "pont instable", et ce Siðr celui d'un chamane de haut vol Aussi vrai que le Pont d'Ásgard brûle le Jotunn qui se risque sur lui, cette praxis détruit l'apprenti-sorcier qui s'y adonne sans préparation.

κύδος @ 合.

jeudi 21 janvier 2016

Hiver Nucléaire ou la Quête de l'Edelweiss


Cinquième Jeudi après Yule, 2.11
Sól in 00° 21' ♒ — Máni in 22° 18' ♊

Ô malheur à moi, mon DIEU, malheur à moi ; car toute ma dextérité est telle une flèche endommagée, dénuée de plumes et défoncée, séparée de sa corde par les mains d'un enfant. Pourtant, dans la lutte fantastique de son vol, je saisis les directions inflexibles de Ta sagesse.  — T ♒ 11

Natifs du Verseau, 2016 est votre Année de l'Obsession Fructueuse. Elle alternera pour vous champagne, café, et moutarde... — Tia la Spákona

Puisque la fille de Mundilfœri, inlassablement stalkée par le Managarm, vient, cravachant Árvak et Alsvið, de pénétrer le Verseau, chantons les Douze Lamentations, et honorons Skaði Thjazisdóttir, la plus illustre native de ce signe après Frigg !

Qui s'attache à Skaði, emprunte la Voie de la Flèche, i.e. de la Tension vers l’Idéal : l'occupante du Palais Thrymheim est, — nous en avons parlé, — une idéaliste inlassable, qui, même lorsqu'elle descend au niveau de la mer — en cagole aoûtienne — comme au temps de son mariage avec Njörd de Nóatún — se languit des sommets — du Silence primordiale — de l’inaltérable pureté des neiges éternelles — de l'ultima Thule, et de l’Étoile du Nord...

L'attirance pour le Pur est typique : l'Aube de l’Année, la fête de la Pureté — où l'on célèbre la quintessence, le cœur de l'hiver — l'hiver nucléaire, en somme... —, l'Imbolc (2 février), est l'instant-clé du mois du Verseau.

Bien sûr, Skaði a également les défauts de son signe : elle est — eh bien — versatile (passant, dans sa vie intime, de Njörd à Ull [encore un trait bien Verseau, puisque Ull est du Capricorne et Njörd du Poisson...] — et, finalement, à notre maître lui-même, insatiable vieillard dont elle eut plusieurs enfants, comme le rapporte la Heimskringla)... Elle s'illusionne facilement (prend Njörd pour Baldr), par attrait pour le superficiel (elle n'a fréquenté Ull que parce qu'elle lui trouvait un faux air de Baldr — et peut-être  aussi, un peu, parce qu'il dirigeait Ásgard à l’époque...) : le symbole ultime du Verseau n'est-il pas la bulle de champagne ?...

Mais elle a le mérite de soupirer toujours vers la claire lumière — de penser pics alpins baignés de lune, quand elle se trouve au bord de l’océan — et beauté radieuse de jeune prince rieur, quand elle épouse un riche armateur de type rude loup de mer... Cette < connexion à l'edelweiss >, ainsi que Gyðja Oriane définit la Voie de Skaði, est symbolisée par le fait que l'on considère, traditionnellement, le Palais Thrymheim comme une partie d'Ásgard, alors qu'il se trouve, géographiquement, en plein territoire Jotunn. 

Skaði nous enseigne que l’Idéal est ce qui distingue le seigneur de l'esclave : fait bien connu des spécialistes de la psychologie en milieu carcéral, qui expliquent que le tri est strictement binaire, et qu'il s'effectue, comme un déclic, dès l’arrivée en prison : l'homme ayant un idéal redouble de noblesse et de dignité, au lieu que l’homme sans idéal se transforme aussitôt en bête.

C'est encore un saisissant résumé de la formule de l'Hiver, saison chère à Skaði : les ténèbres ont pour fonction de faire le jour sur votre âme — l'enfermement libère votre Jarl intérieur...

Enfin — notions très profondes, qu'il ne convient pas de développer trop avant sur un blog public —, le rapport de Skaði avec le principe de faide (elle s'est liée à Ásgard après y être, initialement, venue réclamer vengeance pour le massacre de son père, et a exigé d'officier personnellement au supplice de Loki après le meurtre de Baldr), se rapporte au Mystère de l’ère du Verseau, appelée, en Égypte, Aeon d'Horus, et à la notion, très occulte et pointue, de la Grande Permutation zodiacale entre les signes du Bélier et du Verseau — entre Isis et Horus, qui (disent les astrologues), tournent constamment autour de l'Axe d'Osiris (l’ère des Poissons), l'une pour venger son bien-aimé, l'autre pour venger son père — de même que Skaði exige de venger Baldr et Thjazi.

Par les mérites de Skaði Öndurdís de Thrymheim, fille de Thjazi, puisse votre parcours, en ce mois et en cet Aeon du Verseau, être le tir parfait d'une maîtresse kyūdōka ! Puisse votre Huð être, sous les étoiles, d'une Vérité limpide, aussi pure que la glace dont est sorti Búri ! Et puissiez-vous perpétuellement célébrer votre unicité de flocon de neige, sans égal dans les siècles des siècles ! afin que l'Indicible vous accorde l'Edelweiss à la fin...

Alu.

mercredi 20 janvier 2016

Vade-mecum pour le barbecue final (Party II)


Deux êtres humains, dont les noms sont Lif et Leif-Thrasir, se cacheront à l'endroit appelé Bois de Hóddmímir pendant que fera rage le feu de Surt, et se nourriront de la rosée du matin. Ils auront une descendance si nombreuse que le monde entier en sera peuplé, comme il est dit au verset 45 des Vafþrúðnismál. (Gylfaginning, 53)

Cinquième Mercredi après Yule, 2.15
Sól in 29° 20' ♑ — Máni in 08° 38' ♊

II. Final Übermensch : Le Trésor de Mímir
                                                               
< Sól tér sortna, sígr fold í mar,hverfa af himni heiðar stjörnor; geisar eimi við aldrnara, leicr hár hiti við himin siálfan : Le soleil devient noir, la terre s'enfonce dans la mer, les brillantes étoiles s'agitent dans le ciel, la fumée couvre tout, les flammes grondent, le ciel est ravagé par le feu. > (Vo, 57)

Nos Anciens rapportent que Heidr la Volva, de mémoire bénie, a voulu ici nous avertir qu'en notre < temps de loups > (Vo, 45), même les plus grands sages seraient submergés par le déluge d’hérésie qui noie le monde. 

Seuls survivent à Ragnarok ceux qui prennent refuge au < bois de Hóddmímir >, dans les racines d'Yggdrasil, empruntant la Voie de Lif et Leif-Thrasir, qui consiste à ne plus s'alimenter que de < la rosée du matin  >, symbole traditionnel de la plus fondamentale vertu recommandée par le Siðr : la trú — terme généralement traduit pas "sincérité", "simplicité", ou "fidélité", mais qui englobe des concepts plus profonds.

On pourrait dire : trú est la vérité, non pas au sens d'une simple loi universelle abstraite, mais d'une valeur individuelle concrète applicable à chaque acte ou fait particulier : elle embrasse notamment l'honneur, la véracité, la conscience.

Opérativement, trú est communiquée par la rune Ingwaz ᛜ — en ceci, elle s'identifie à l'essence de l'esprit de l'homme, dont le cœur de sincérité est la manifestation la plus pure. Trú signifie que des paroles vraies deviennent des actions vraies : < elle est ce dont est née la source dont proviennent la beauté, la bonté et la vérité > (G. Stjarna Dagansonn) — il est donc parfaitement normal que, par Lif et Leif-Thrasir, nous la retrouvions, telle Urdarbrunn, au pied d'Yggdrasil.

En pratique, c'est une façon sincère d'aborder la vie, avec tout son cœur, une attitude dans laquelle rien n'est éludé, ni traité négligemment : elle résulte d'une prise de conscience du Divin.

C'est en s'attachant avec sincérité aux Æsir — i.e. en réalisant effectivement l'Asatrú — que l'homme survit à Ragnarok : Lif et Leif-Thrasir (type même des gens sincères, vrais, simples dans l'accomplissement de leur humanité, comme leurs noms l'indiquent ["Porteuse de vie" pour elle, et "Ardeur à transmettre la vie" pour lui]) prennent tranquillement refuge dans les racines du Grand Frêne, et échappent au carnage.

De là, nous apprenons ce principe capital de Magie cérémonielle : la simplicité est le moyen le plus élevé d’intégrer la lumière et de n’être pas détruit par elle : plus < le  mal est sur la terre > (Vo, 45), plus la lumière est forte en contrepoint, ce qui entraîne une déstabilisation totale du cerveau — Trú est ce qui permet, dans les heures épouvantables que nous nous apprêtons à vivre, qu'une personne continue d'intégrer la lumière bien que sa logique soit complètement dépassée — l''intellectuel", en revanche, cramponné à ses automatismes et à sa data bank de concepts,  basculera dans la virtualité intégrale et sera dévoré par Surt.

Leif-Thrasir, l'homme sincère, est l'homme post-Ragnarok — i.e. l'Übermensch final : il est le surhumain, "plus haut des hommes que ceux-ci le sont du singe" (Nietzsche), l'aboutissement du projet "homme", défini par les sept
Æsir survivants du cataclysme : un être pour lequel il n'est plus, au plan spirituel, que le Siðr (Viðar) et la Siðvenja (Vali) — un être dont le discours ne comporte plus que des préceptes d’énergie (Móði) et de force (Magni) — un être qui, en cas de bon karma (Baldr revenu d'entre les morts), ne songe qu'à généreusement faire profiter la terre de ce qu'il possède, et qui, en cas de mauvais karma (Höd revenu d'entre les morts), n’éprouve pas la moindre haine envieuse — un être dans le cœur duquel, enfin, se trouve la fille de Sól, réincarnation de Nanna, c’est-à-dire Joie à l’état pur.