mardi 1 décembre 2015

Urd is Weird II : L'avenir est au passé

Vingt-deux jours avant Yule, 3.49
Sól in 8° 27' ♐ — Máni in 12° 19' ♌

Comme toutes les hibernations, Sút Ró consiste à méditer l’idée de temps. 

Or, le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, et le présent est inquantifiable : par conséquent, le temps n'existe pas. L'impression, l'illusion temporelle procède de l'incarnation, c.a.d de l'espace : l'objet du temps est donc de nous offrir un terrain d’expérimentation

Le temps est le domaine de la Rigueur : tout le tragique de nos existences procède exclusivement de la restriction imposée par le temps : il est écrit que le mal n'existait pas avant l’arrivée des Nornes (Vo, 8).

Plus l'homme descend, plus le temps a de pouvoir sur lui : plus il monte, plus il a de pouvoir sur le temps : ce qui, pour le bagnard, est un tortionnaire inflexible, devient,
pour le "fils de" qui boursicote, un factotum empressé.

< Il n'y a pas d'avant ni d’après dans l'Edda >, dit Goði Hofgarda-Ref Gestsson — mais il y a bigrement l'un et l'autre pour la jeune Yézide que, dans ses lebensbaurn, Fenrir oblige à procréer des métis...

La Norne prééminente est Urd, parce que seules existent dans l'univers phénoménal les conséquences du passé : si haut que soit l'arbre, c'est en terre qu'il puise son énergie ; les Neuf Dimensions sont alimentées par Erda (Vo, 2) ; et c'est du plus ou moins de connexion à notre vécu personnel que provient notre vitalité : voilà pourquoi les mauvais souvenirs que nous choisissons d'oublier deviennent pathogènes, et pourquoi "un Nouvel Æon est un bouton reset" : l'univers ne continue d'exister que parce qu'il se régénère à Urdarbrunn — le puits d'Urd. 

Et cela n'est possible que parce que les Nornes en arrosent Yggdrasil chaque matin : le point capital est la mise à jour. Tel est le véritable "paradoxe temporel". 

Dans l'Edda, "Ancien" signifie "Sacré". Loki essaie de refouler le Siðr dans l'Antiquité, de le fixer dans le temps, afin de transformer "Ancien=Sacré" en "Ancien=Révolu", et l'Arbre de Vie en arbre mort. C'est une tentative perverse de détourner le fait que le Siðr tire, précisément, de sa connexion au "passé infini" sa capacité à
renaître intégralement neuf chaque jour : si l'Aïeule est tellement âgée, c'est parce qu'elle n'est jamais vieille.