lundi 14 décembre 2015

Elixir Vitae


Neuf jours avant Yule, 3.25
Sól in 21° 39' ♐ — Máni in 22° 43' ♑

Lors de ma descente* vers la civilisation, vendredi dernier, on m'a prié de diriger le Drekka Minni, et présenté, pour cela, un très élégant gobelet de vermeil empli à ras-bord de chartreuse verte.

Convenant de l’extrême beauté picturale de l'ensemble, — et bien qu'il soit permis d'utiliser toutes les boissons, à l'exception de l'eau, pour réaliser la cérémonie, — je sourcillais néanmoins quelque peu à l’idée d'avoir recours, pour honorer nos Ancêtres, à un alcool si officiellement entaché d'imagerie chrétienne.

Mon hôte voulut bien éclairer mon ignorance : la chartreuse verte, m'apprit-il, est, à l'origine, un très mystérieux Élixir de longue vie, dont la formule savante, et secrète, nécessitant l'emploi de cent trente plantes, se trouve dans un manuscrit confié, en 1602, par le Duc d'Estrée aux moines chartreux de Vauvert.

Comme cette formule émane, dit le manuscrit, des "antiques sages-femmes" — que ledit manuscrit est daté du quinzième siècle (période [1486-1520]
fut entreprise l'extermination systématique des sages-femmes d'Europe par l'Inquisition catholique, sur instigation de l'Ordre des Médecins qui voulait récupérer le marché des accouchements) — et qu'il fut remis aux moines, dans un souci de préservation, au plus fort de la seconde vague du génocide (1560-1650), il est assez probable que ce que nous appelons aujourd'hui "chartreuse" était, dans le Siðr d'avant l'Inquisition, un breuvage rituel de référence — et que, donc, le Drekka Minni a souvent été célébré avec lui.

J'ai récité la sainte convocation avec flamme, et me suis, ce soir-là, couché un peu moins bête.
                                                                                         
* Prendre "descente" au sens fort — presque au sens post-hallucinogène du terme.