mercredi 4 novembre 2015

Yōðaz Wotans Daγaz


Fróðr sá þykkisk er fregna kann : le Sage est celui qui pose les bonnes questions. (Hávamál, 28)

Plus le temps passe, plus il me semble que cette Parole du Maître devrait figurer en épigraphe de tout Registre Magique digne de ce nom...

Premier Mercredi après Samhain, 1.48
                                                                                                                               
Quiconque n'observe pas les raðumk est un touriste américain obèse dont la fille a épousé un skreal. 

Le grand Wotan, notre maître, notre professeur, et notre goði, enseigne, en effet, que la sensation de faim et la malchance sont deux Signes destinés à avertir l'homme que celui-ci se trouve entouré d'ennemis (c'est un hyrr des Hávamál 20-26).

Or, en vertu d', quiconque a des ennemis à Midgard a nécessairement un nombre équivalent d'ennemis ( = d'álfar accusateurs penchés sur son dossier) à Ásgard.

Tout manque matériel ("faim") et tout décalage par rapport à l'Harmonie des choses ("malchance"), est signe de déconnexion du Divin (puisque les Accusateurs ont pu se faufiler, s'interposer entre l'homme et le Divin, c'est qu'il y avait distance : nul ministre ne peut efficacement vous diffamer à l'oreille du Roi tant que vous vous tenez près de Celui-ci...), signe de déconnexion, dis-je, et, par conséquent, de transgression volontaire des raðumk.

***

Développement : l'état normal du Jarl (de l'homme noble), est d’être pleinement satisfait (donc : riche. NB : le paysan joyeux de son sort est riche, puisqu'il a tout ce qu'il lui faut : le milliardaire que ronge la cupidité ne l'est pas, puisqu'il est constamment en manque), et d’être impeccablement synchrone à l'existence ("hyper chanceux"), comme il est écrit : < tout homme doit être joyeux et heureux jusqu’à son trépas > (Há, 15).

Le malheur (= sensation de manque + "malchance") tombe des < cruels nuages > que le laguz des fautes commises par ce Jarl a placé, par évaporation, entre lui est le soleil (qui est Sól or, n'oublions pas que la fille de Sól, qui éclairera le monde après Ragnarok (Vaf, 47), sera la réincarnation de Nanna : c'est pourquoi la tristesse [c.a.d le nuage obstruant l’accès à la joie, i.e. empêchant le soleil de donner sa fille au monde] est le symptôme caractéristique de la descente au Niflheim).

Apercevant ces nuages, les álfar accusent, et accusent sans relâche, devant le Divin, le Jarl dont les transgressions les produisent et si ce Jarl ne pouvait compter sur un intercesseur aussi fabuleusement retors que son chef de famille, Me Wotan Gangráðr (Gangráðr = "l'avocat du diable", cf. Ó.N, 3), il ne survivrait pas, disent nos Anciens, une seule nuit à ces réquisitoires.

Ayant, donc, des ennemis en haut, il a, instantanément, des ennemis en bas, qui lui valent de développer des compulsions (i.e. des manques à combler : le désir d’excès dans le manger, le boire, le fumer, etc. vient toujours d'un stress psycho-affectif, i.e. d'une hostilité humaine, ancienne ou récente). Ces compulsions le jettent hors de son thélème, donc hors de l'harmonie universelle, donc hors-synchronicité ("chance").

***

L'homme qui vit "sous les nuages", vit sous la cervelle d'Ymir (Grím, 41) : il est donc, très exactement, très physiquement, très géographiquement, dirais-je, un thurse subalterne. D’où la brutalité, l'horizontalité extrême de ses désirs, et sa soumission servile envers les trois thurses suprêmes : Fenrir (les désirs liés au pouvoir), Iormungand (les désirs liés a la consommation), et Hel (les désirs liées aux névroses, aux blessures d'enfance, etc.). Tous ces désirs procèdent de chocs psycho-affectifs, c.a.d. de troubles dans la force rouge, c.a.d., comme d'habitude, de ce que la parole a été abîmée (en langage eddique : de ce que Ratatosk sème la discorde entre Hræsvelg et Nídhögg).

En clair : L'homme qui enfreint les raðumk, n'ayant plus la possibilité de se connecter ni en haut, ni en bas, ne peut plus tirer sa subsistance spirituelle que de gratifications égotiques et psycho-sentimentales, c.a.d de ce qui l'entoure : d’où une propension compulsive, insatiable (parce qu'elle est, pour lui, question de survie immédiate), à déborder sans cesse de ses frontières naturelles (c'est ainsi, par exemple, que le pays le plus spirituellement déchu du monde, les USA, est le pays des obèses, et qu'il veut asservir toute la planète par big-brotherisme [Fenrir], société de consommation [Iormungand], et tueries de masse [Hel]).

Quiconque n'observe pas les raðumk est un touriste américain obèse dont la fille a épousé un skreal.

***

On comprends, dès lors, pourquoi la Húð est appelée remède universel : grâce à Ul, nous passons par-dessus les Accusateurs -> grâce à Sól, nous dispersons les nuages -> grâce à Ziu, nous réparons la parole -> grâce à Erda, tous nos manques sont comblés.

On comprends aussi pourquoi le Vieux Maître appelle sots, ou insensés (= "non-initiables"), les gens asservis à Fenrir, à Iormungand, ou à Hel, c.a.d. 1. les gens en quête de pouvoir personnel (qui, oubliant que ce qui s'affiche est, par définition, ce qui ne va pas de soi, s'efforcent de poser au "dominant"), 2. les gens dont le ventre parle avant le désir de Sagesse (incapables d’ascèse, ni d’aumônes), et 3. les gens querelleurs (les "œdipiens", comme on dit, cf. Pr, 83 ).

Tel est l'Enseignement très précieux que nous confie notre maître & aïeul, et que le plus célèbre magicien du XXème siècle occidental résume en ces mots : "At the end of the day, one cannot initiate imbeciles"...